Journal de création de La Pire Espèce | Of Bikes and Bombs : entretien privilégié
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30 Juin Of Bikes and Bombs : entretien privilégié

Cet entretien avec la Bicyclette de Félix a été rendu possible grâce au soutien des partenaires allemands et du Presentation House Theatre de North-Vancouver.

TPE – « 1943. Un garçon de 13 ans traverse l’Allemagne à bicyclette avec son père. Il a dans son sac beaucoup d’argent, un sandwich et un pistolet. L’argent, c’est pour les réfugiés allemands, le sandwich, c’est pour lui, et le pistolet, c’est pour les imprévus. » Vous connaissiez déjà cette histoire, n’est-ce pas?

BF – Oui, enfin, je ne suis pas spécialiste de la question, mais oui je la connais bien. Et je dois dire que le voyage du petit Félix est une aventure qui m’interpelle.

TPE – Bien sûr. Allons, si vous le voulez bien, tout droit dans le vif du sujet : vous avez des observations à faire sur l’Étude de Vancouver?

BF – Inutile de dire que je suis très flattée que vous m’ayez invitée. Il y avait là beaucoup de monde, des gens de métier! C’était passionnant. En particulier, j’ai été très amusée par ce moment où quelqu’un a dit : « raconter encore une fois l’histoire personnelle d’un homme blanc, personnellement ça m’ennuie. » Résultat : glissement vers la fable! Intégration de figures animalières puisées dans les illustrations du Le livre de la jungle réalisées par l’oncle de Félix. Quel renversement!

TPE – Vous étiez d’accord avec le propos?

BF – Vous savez, être une bicyclette ne m’empêche en rien de savoir savourer par moments un bon débat contradictoire.

TPE – Vous aimez la polémique alors?

BF – Aufhebung, comme on disait à l’époque, synthèse et dépassement; en tant que véhicule, j’ai des affinités d’élection pour tout ce qui permet d’aller de l’avant, à commencer par la dialectique hégelienne.

TPE – Je vois. Et pour en revenir à l’Étude, il y a d’autres moments forts de la recherche que vous aimeriez pointer?

BF – Oui, il y avait aussi cet autre qui a dit : « y en a marre de travailler sur une table! Et pourquoi on ne travaillerait pas au sol tiens, à hauteur d’enfant? C’est à des enfants qu’on veut la raconter cette histoire, non? »

TPE – Ça n’est certainement pas dénué de logique.

BF – Limpide! Et voyez comment ils et elles ont, qui par une sensibilité politique, qui par le soucis de se mettre à la place du public, ramené le travail à la question fondamentale du point de vue. Avoir une histoire à raconter, c’est un bon début, mais qu’il peut encore tout se passer! Il s’agit de poser les bonnes questions.

TPE – « D’où est-ce que je regarde? »

BF – Exactement. Quand on veut raconter l’histoire de quelqu’un, on le met souvent au centre de son histoire. C’est une tendance. Et on sera tenté de le faire avec l’histoire du jeune Félix : c’est un personnage sympathique après tout. Et le contexte est grandiose, dramatique; il y a de l’argent en jeu.

TPE – 3.5 millions de marks.

BF – Oui, enfin je ne sais pas trop ce que ça représente, mais ça m’avait l’air de faire un sacré bouquet de pâquerettes à l’époque. Bref il y a tout pour concocter une recette à succès.

TPE – C’est une synopsis pour Hollywood…

BF – Si vous voulez. Mais le hic, c’est que personne n’est jamais au centre de sa propre histoire. Être au centre, ça n’a rien à voir avec la vie! Nous sommes toujours au bout, bien sûr, puisque nous regardons. Mon histoire est celle dont je suis à l’extrémité.

TPE – Est-ce que ce n’est pas une position un peu extrême?

BF – Bien sûr! Ça suppose que lorsque l’on raconte une histoire dont on est le centre, ça n’est déjà plus tout à fait nous qui parlons. Tenez, par exemple : vous êtes au centre de votre psychanalyse, de votre curriculum vitae, de votre carnet de vaccination. Vous en êtes indiscutablement la vedette. Ça dit des choses sur vous, mais – me l’accorderez-vous? – ça ne recoupe que partiellement votre expérience, je dirais, conique du monde. Ce sont des réductions. Je vais trop vite?

TPE – Je crois que je vous suis.

BF – Maintenant prenez l’histoire du petit Félix, elle n’a été mise sur papier que dans les années 90, soit 50 ans après leur déroulement! Les documents que vous avez entre les mains sont le résultat d’un travail de mémoire du vieux Félix pour restituer le point de vue du jeune. Le petit point de vue d’un jeune homme engagé sur un trajet initiatique peuplé de visions de cauchemar et d’images encore inassimilables. Tout ça, ces fragments, ça ne fait pas une histoire. Je crois – et ce ne sont que les suppositions d’une vieille bicyclette, mais j’y crois – que le moment venu de transcrire cette expérience, sachant qu’une entorse à son vécu serait de mise pour en faire ce qu’il souhaitait, il a préféré en confier la tâche à quelqu’un d’autre.

TPE – Vous saviez qu’il appelait cette histoire son « conte de fées »?

BF – Ahahah, je ne savais pas! Ça n’est pas tout à fait mon expérience du trajet, mais j’imagine qu’il avait ses raisons.

TPE – Un grand merci d’avoir été des nôtres.

BF – Je ne dirais jamais non à un peu d’activité!

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