Journal de création de La Pire Espèce | Pour Major Bob ou le début d’un voyage
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09 Fév Pour Major Bob ou le début d’un voyage

Ce matin-là, c’était la première nouvelle sur mon tableau de bord personnel : David Bowie ne répondait plus.

Y’a pas à dire, ça fait un choc. On ne s’explique jamais trop bien ce qui émeut tant dans la vie des gens célèbres. Supposons qu’ils nous accompagnent à leur façon…

Ce matin-là, pendant que je cherchais à lire la vie à l’endroit dans les feuilles de thé, j’essayais de me rappeler des souvenirs de Bowie. Mais rien à faire : avant Labyrinthe, avant Ziggy, je ne pensais qu’à la Pire Espèce.

Trois Robert en rouge, un ukulélé, un cliché. Un détournement. Ground control to Major Bob.

Je n’arrivais pas à m’enlever cette scène de la tête. Cette scène dans Futur intérieur où c’est la mélodie de Bowie, espèce de lubrifiant social par excellence, qui parmi autres bruits de bouche aide à établir l’improbable contexte : les Robert sont dans l’espace. Et nous aussi.

Je pensais à cette scène que j’avais revue quelques semaines plus tôt, pendant que des enfants, assis à mes côtés, n’avaient clairement pas les références pour comprendre ce qui se passait exactement. Les enfants ne connaissent pas encore David Bowie. Encore. Un jour ils rencontreront cette chanson et ils auront, comme nous, les références pour comprendre le cliché et son détournement.

*

Tout ça pour dire que quand David Bowie meurt, moi je pense à la Pire Espèce. Il ne faut pas croire que je sois obsessive, mais je pense souvent à la Pire Espèce. Je les trouve pas mal bons, je dois dire.

Mais c’est surtout qu’ils m’ont engagée pour ça : penser à eux. Je respecte toujours mes engagements. Alors je pense beaucoup à eux.

Cet engagement s’est scellé autour d’un étrange pacte: « Nous ne savons pas trop ce que nous allons faire. Échanger, parler, créer, dialoguer. On invente quelque chose, ok? »

Ok !

Je n’ai pas hésité. Il m’arrive de croire que j’aurais peut-être dû. J’aurais au moins pu valider avec eux qu’on les avait prévenus. Que je suis trop sérieuse, pas clown du tout. Que je suis toute coincée dans ma tête, fantasmant sur la fluidité de leur rapport à la matière. Que je suis un peu compliquée, pour ne pas dire psychorigide. Et tellement pas insolite. Et que je n’invente jamais rien ou presque. Et que je doute beaucoup.

Mais j’avais dit oui. J’avais dit : ok, inventons quelque chose !

*

Donc David Bowie est mort, la Pire Espèce est en années d’études, teste des idées. Et moi je me frotte le cortex sur leurs idées pour voir si ça fait des flammèches.

Cet espace que vous inaugurez avec moi aujourd’hui sera donc un espace de réflexion sur la création en chantier. Un espace qui réfléchit à ce qui se fait. Donc un espace où la réflexion est aussi un faire, où l’idée aussi est une matière. Nous discuterons d’objet, de parole, de formes courtes, de science-fiction, de littérature, sans doute. Et peut-être même de théâtre si quelqu’un ose aller jusque là.

Pour tout dire : nous ne savons pas trop encore. Parce que cet espace qui s’inaugure se sera aussi un travail d’artisans. Et vous en ferez un grand bout en le lisant.

Entre temps, je peux vous assurer que quand tu penses beaucoup à la Pire Espèce, ça t’oblige à suivre Bowie au moins sur un point : the stars look very different today.

On commence le voyage par une réflexion sur le cannibalisme et les jujubes en framboise. Avouez que ce n’est pas votre première idée d’un voyage dans l’espace.

Catherine Voyer-Léger
Essayiste en résidence

Photo : Jeanne Bertoux

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