1

Personne ne connait précisément les dimensions de ce volume extravagant. La vérité c’est que le secret entourant sa construction fut si bien gardé, que même les ingénieurs et les architectes ayant travaillé sur ce projet ambitieux n’ont jamais été mis au courant de l’entièreté des dossiers et n’ont eût accès qu’à une partie réduite des devis techniques. Personne n’a jamais vu ce vaisseau de l’extérieur, certains affirment même qu’il n’existe que de l’intérieur et que ces dimensions seraient infinies. D’ailleurs, plusieurs ouvriers assignés à des travaux aux confins du volume, ne sont jamais retournés chez eux auprès de leur femmes et enfants. Se sont-ils perdus dans les entrailles inextricables du volume ou bien ont-ils été supprimé parce qu’ils en savaient trop?

 

2

La disparition subite de l’équipage et du volume la semaine dernière a donné un souffle nouveau aux rumeurs entourant cette mission top secrète. De récentes analyses du champ de variation de l’espace-temps font croire aux spécialistes que le volume ne se serait pas volatilisé, mais qu’il aurait rétréci d’une manière si spectaculaire, qu’il échapperait maintenant aux radars les plus performants. Quel est le but de cette transmigration auto morphique? Le volume aurait-il voulu fuir un danger imminent? Serait-ce un larcin attribuable à des saboteurs industriels de haut niveau? Ou tout simplement une manœuvre planifiée et orchestrée savamment par nos gouvernements afin de poursuivre le but réel de la mission qui serait l’exploration de l’infiniment petit et non de l’infiniment grand comme on nous l’avait laissé croire depuis le commencement?

 

3

Alors qu’il n’était qu’un tout petit volume, tétant encore l’huile laiteuse du sein de sa matrice, il savait déjà qu’il finirait la trajectoire de sa vie parmi les corps célestes. La poussière de l’usine lui faisait toussoter une fumée noire et dense, les routes d’asphalte le rendait triste et agressif, même ses timides envolées dans la stratosphère ne parvenait pas à le libérer de cette lourdeur incrustée dans les moindres replis de son fuselage. Oui, un jour, il se déploierait plus haut que les cieux terrestres, oui, il visiterait des endroits que le langage des hommes n’avaient pas encore nommés, oui.