Journal de création de La Pire Espèce | Qu’est-ce qui fait des Villes?
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24 Mai Qu’est-ce qui fait des Villes?

À écouter les réactions des étudiants de cégep qui sont venus voir Villes au Théâtre aux Écuries le 19 février dernier, j’en suis venue à croire que c’était surtout la culture populaire qui fait la ville. Attentifs plus que jamais dans le segment des villes pop, ce public particulier ne se tenait plus au moment de découvrir une ville inspirée du jeu de Monopoly. C’était plus qu’une référence, c’était quelque chose de l’ordre de la surprise. La surprise qu’un art comme le théâtre (après tout, c’est sans doute ce qu’on leur avait dit, qu’ils allaient au théâtre, avec une certaine emphase sur le â qui porte à tout prendre ça pas mal au sérieux); qu’un art comme le théâtre, donc, puisse sans vergogne aller piger dans leurs prosaïques souvenirs, qui sont aussi les nôtres. J’ai même entendu un « Tu. Me. Niaises. » au moment où Olivier Ducas révèle la carte de Monopoly. C’était un compliment, j’en metterais ma main au feu.

Plus tard, j’ai aussi cru que c’est peut-être la technique qui fait la ville. Visiblement impressionnée par des tableaux qui s’apparentent parfois à de la magie, le public réagissait de façon sonore à des tours de passe-passe quand, quelque part entre l’objet et l’écran, un monde nouveau émerge. J’avais pourtant vu Villes plusieurs fois, mais je ne m’étais jamais trop demandé comment se faisait le miracle de la boule-miroir prénommée Anastasia. Qu’y a-t-il sur scène? Une boule-miroir, un éclairage qui la fait scintiller, une bande-son de discothèque. Et quand Olivier Ducas zoome dans des alvéoles pour faire émerger des vies de l’intérieur, des vies où le bruit de la fête est assourdi, remplacé pour une trame sonore de l’intimité, je ne m’étais jamais vraiment demandé comment c’était possible. C’est l’incrédulité des étudiants qui m’a fait douter. Que se passe-t-il exactement? Où sont ces mondes intérieurs? Ils ne peuvent quand même pas être dans la boule? Impossible qu’un filme se superpose à l’écran, le comédien cherche clairement le focus de cette intimité qu’il traque. Impossible qu’une image en deux dimensions soit collée sur l’alvéole à la place du miroir, nous sommes clairement « dans » le miroir. C’est un défi pour une Alice du XXIe siècle… (J’ai posé la question et eu ma réponse, mais je vous laisse allez vous mesurer au miroir par vous-même.)

Mais toujours en me fiant aux réactions de ce public relativement homogène, il me faut pourtant conclure que c’est vraiment par son nom qu’une ville se fait. Rien, mais rien, ne fait autant réagir l’étudiant moyen de cégep que lorsque la ville porte son nom (ou celui de son voisin). De chuchotage en coup de coude, les pauvres Mégane de ce monde, sont malheureusement tombées sur la ville qui n’est pas la plus inspirante. Devant moi, un Maxime avait aussi droit à toute l’attention dont il pouvait rêver, lorsque la ville statistique qui porte son nom s’est déployée dans un amalgame de bâtonnets. J’ai bien failli me pencher contre son oreille pour le rassurer: cette ville est UNE Maxime, puisque toutes les villes portent des prénoms de femme. Ne t’inquiète pas, rien ne t’oblige à assumer l’opprobre d’une figure de comptable en rentrant chez toi dans un autobus jaune avec des collègues rapaces. En fait, en mesurant les réactions on ne sait plus trop s’ils sont soulagés ou déçus quand leur nom ne se trouve pas au menu.

Pour ma part, j’en ai déjà parlé, j’ai revu Villes un peu sur la défensive en me demandant pourquoi aucune ville, soit-elle une ville-dortoir, ne mérite mon si universel prénom. Je tiens donc à faire ici mes plates excuses aux créateurs du spectacle. C’est vrai qu’il n’y a pas de Catherine. Mais il y a une Cathy. Et paraît qu’elle est si parfaite qu’on ne peut la voir. L’étudiante de cégep en moi a l’ego qui brille et remercie les créateurs.

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