Journal de création de La Pire Espèce | Une histoire de métaphores
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05 Mai Une histoire de métaphores

Je suis un peu obsédée par la question de la métaphore et en travaillant sur complètement autre chose cette semaine, j’en suis venue à me dire que le théâtre d’objets, en tout cas celui que pratique la Pire Espèce, se résume peut-être à la question de la métaphore. Dans toute sa vivacité!

En effet, les grands débats qui occupent les littéraires quant aux métaphores concerne l’opposition entre ce que Paul Ricoeur a appelé la métaphore vive et ce qu’on peut appeler la métaphore d’usage ou la métaphore usée.

Ce qu’on oublie, c’est que notre langage et notre pensée sont constamment traversés de métaphores. Par exemple, on compare plusieurs de nos traits à des animaux. Les gens sont tour à tour, des requins, des renards, des agneaux; quand ils ne sont pas poilus comme des ours ou muets comme des carpes. Le propre de la métaphore d’usage, c’est qu’on ne réalise plus que c’est une métaphore. C’est tellement entré dans notre vocabulaire et notre façon de voir le monde qu’on utilise des dizaines d’images métaphoriques sans même s’en rendre compte. George Lakoff et Mark Johnson en ont fait un livre qui s’intitule Les métaphores dans la vie quotidienne. Cette métaphore d’usage a aussi une parenté avec les clichés: des images qui n’ont pourtant rien de naturelles nous apparaissent soudain comme d’une évidence indéniable.

Un art conscient du poids de ce langage naturel cherchera toujours à le décentrer. C’est ce qu’on appelle la métaphore vive: une volonté d’inventer des images nouvelles. Pour que la métaphore soit vraiment opérante elle demande un travail du lecteur ou du public, un travail qui est souvent inconscient, qui ne demande pas à un effort majeur, mais qui exige quand même de chercher à établir un rapport entre deux termes qu’on compare. Toute métaphore vive est un appel à la créativité de celui qui la reçoit, il doit mesurer l’image qu’on lui propose à sa propre expérience.

C’est ça, le théâtre d’objets comme le présente la Pire Espèce. C’est un appel constant au spectateur pour lui demander de voir un personnage dans une théière, un cosmonaute dans un jujube, un bébé dans un pot, une ville dans des cubes de sucre. Tout est évocation et ellipse et le rôle actif de celui qui reçoit est très dense. C’est un travail de métaphores visuelles qui dansent collé-collé avec le cliché mais qui s’assurent généralement de lui marcher sur les pieds. [Je ne sais pas trop si ma propre métaphore est très vive!?]

Roland Barthes (sans doute ma deuxième obsession, après les métaphores) défendait un engagement par les formes. En cela, il répondait en partie à Jean-Paul Sartre qui avait mis de l’avant un engagement des idées dans la littérature. On pourrait faire un parallèle entre cette question de l’engagement et celle de l’émotion dont nous avons parlé il y a quelques semaines. Chez la Pire Espèce, c’est toujours dans la forme que se passe l’essentiel, dans une forme qui cherche à faire voir/vivre/penser/sentir autrement et qui est métaphorique dans son essence puisqu’elle s’appuie entièrement sur l’idée d’évoquer par une vive comparaison.

Dans les prochaines semaines, la Pire Espèce tiendra une série d’études pour réfléchir à différentes formes et tester des idées. Je les suivrai dans ce processus où il sera question de courtes formes, de gaine, de paroles. Restez branchés pour en savoir plus.

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