Journal de création de La Pire Espèce | Entretiens – Extrait #2 – La méthode de travail
15885
single,single-post,postid-15885,single-format-standard,ajax_fade,page_not_loaded,,vertical_menu_enabled, vertical_menu_hidden,vertical_menu_hidden_with_logo, vertical_menu_width_260,qode-title-hidden,overlapping_content,qode-theme-ver-7.7,wpb-js-composer js-comp-ver-4.7.4,vc_responsive
entretiens

28 Mar Entretiens – Extrait #2 – La méthode de travail

Je ne crois pas qu'il s'agisse du dire, mais du découvrir. L'écrivain fait peser sur lui-même la menace d'être conduit à découvrir et par la suite à penser ce sur quoi son monde s'était entendu de ne pas penser depuis plusieurs générations. Et l'écrivain, contrairement à ce que les formulaires de demande de bourse exigent de lui, ne peut pas connaître à l'avance ce qu'il va découvrir par l'écriture, écriture qui est étude et pensée, étude et réflexion, étude et écoute contre et avec la langue. Il ne peut pas dire d'avance ce qu'il a à dire. Il n'a rien à dire lorsqu'il commence à travailler. S'il savait ce qu'il a à dire, il n'y aurait plus qu'à le dire, pas à écrire.
Suzanne Jacob, Comment pourquoi

Catherine : Vous évoquez souvent votre façon de travailler. Arrivez-vous à la nommer cette façon de travailler?

Francis : On se connaît assez bien. C’est le travail avec les concepteurs qui nous a rapidement permis de nous rendre compte qu’il faut nommer comment on travaille parce que sinon on n’ira pas chercher les bonnes personnes.

Olivier : Par exemple, en scénographie on a besoin de travailler avec des prototypes. On travaille directement en salle avec la scénographe et on fait plusieurs essais. Il faut qu’on puisse dire « Ok, on essaie ça de cette façon. »

Catherine : Vous êtes des artisans, finalement. Vous travailler directement sur la matière, dans un sens très large.

Olivier : Oui, c’est assez exact. À force de faire des spectacles, on a aussi développé une confiance quant à cette façon de travailler. Je n’ai pas besoin de tout savoir ce que je veux dire au début. Je vais découvrir ce que j’ai envie de raconter à travers un aller-retour avec la matière qui est au cœur du processus.

Francis : Mais ça demande une capacité de communication très grande. Comme on ne travaille pas avec un texte préexistant, mais que tout se fait au fur et à mesure, il faut s’assurer que certaines personnes tiennent les rênes. Tous les membres de l’équipe de création vont avoir des idées – et c’est ça qu’on veut! – mais s’il n’y a pas de moment où les leaders font le point, les risques de se perdre sont réels. Il faut que ces personnes-là soient capables de nommer l’étape où on est rendu, ce qu’on a vu, ce qu’on pense garder, ce qu’on est sûr de garder ou non. C’est la seule façon de s’assurer que tous les collaborateurs aient en tête le même texte en train de s’écrire (et qui n’est pas encore sur papier). Cette nécessité de communication constante, c’est un effort!

Catherine : Et outre savoir communiquer, est-ce que cette façon de travailler entraîne des contraintes ?

Francis : Oui. Par exemple, le choix du grand plateau pour Futur intérieur entraînait des contraintes. On avait un désir de travailler sur grand plateau, mais c’était aussi un enjeu de rentabilité par rapport aux coûts du projet. Mais, dans les faits, le maudit grand plateau, il coûte cher et c’est contraignant. Tu ne peux pas avoir le luxe de le louer deux semaines et de travailler un jour sur deux. Ça coûte trop cher! Alors on travaille une semaine sans vraiment s’arrêter, parfois en s’octroyant des petits breaks des fois d’une demi-journée. Ça fait qu’il n’y a pas temps de réécriture ou de respiration…

Olivier : Je veux juste préciser qu’on ne dit pas ça parce qu’on n’aime pas travailler! Mais on écrit le spectacle qu’on est en train de monter, pendant qu’on le monte. C’est le fun de pouvoir écrire ailleurs que dans la salle de répétition pendant que tu répètes, de pouvoir prendre du recul, de tester des idées après avoir pris le temps d’y réfléchir, de faire des aller-retour entre l’écriture et la scène.

Francis : Mais c’est pas toujours la réalité dans laquelle on travaille…

Aucun commentaire

Publier un commentaire