Journal de création de La Pire Espèce | Entrevue du troisième type
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11 Déc Entrevue du troisième type

En juin 2014, pendant un laboratoire de création, Francis Monty et Olivier Ducas de la Pire Espèce ont rencontré Pierre Lefebvre au sujet de ce Futur intérieur en gestation.

 

Pierre Lefebvre : D’où vient cette envie de vous lancer dans la science-fiction?

Francis Monty : Futur intérieur émane d’abord d’une rencontre avec les gens de Bob Théâtre en France, dont nous avons toujours beaucoup apprécié le travail. C’est en discutant avec eux à propos d’un projet commun que la piste de la science-fiction est apparue. Dans le cadre d’un théâtre d’objets, la science-fiction est très stimulante. Le genre ouvre des possibilités infinies dans une approche comme celle de la Pire Espèce, contrairement à celle du théâtre traditionnel qui donne vite une impression de cinéma du pauvre. Le moindre objet peut devenir une navette spatiale, un appareil scientifique futuriste, une machine infernale extraterrestre. De plus, la manipulation d’objets rend bien le mouvement des corps et des choses en apesanteur. Les possibilités théâtrales et poétiques du genre sont vraiment inépuisables.

Olivier Ducas : La science-fiction, c’est souvent une série de variations sur les mêmes thèmes : le voyage spatial, la recherche de nouvelles planètes ou la rencontre de vies extraterrestres, le clonage, la créature monstrueuse, etc. Le travail a donc d’abord consisté à transformer en objet théâtral, c’est-à-dire en images nouvelles, stimulantes, envoûtantes, les aspects classiques de la science-fiction auxquels chacun de nous a été exposé des milliers de fois depuis l’enfance, au cinéma ou bien à la télévision. On a choisi d’y aller par fragments, afin de proposer aux spectateurs des situations. Le personnage, dans ce cadre, est important dans la mesure où il nous permet de voir comment une situation donnée agit sur lui. Quand notre équipage spatial découvre de la vie sur une autre planète, on n’explore pas nécessairement ce qui arrivera ensuite. Ce qui compte, c’est le moment de la découverte. Pas l’histoire qu’on peut en tirer. On a donc une suite de moments, de fragments, d’un voyage spatial, en ordre ou en désordre, et non un récit avec une amorce, un conflit puis une résolution.

F. M. : Le dernier retranchement de l’humain, c’est peut-être bien la poésie. Et Futur intérieur oscille toujours entre la science-fiction, la poésie et le clown. C’est le triangle de tension autour duquel s’élabore le spectacle.

O. D. : On aime varier le ton dans nos spectacles. Pour ma part, j’aime bien quand le spectateur est exposé à la fois au grotesque et au drame. La narration peut alors se moduler de différentes façons. Dans le show, par exemple, il y a la voix de l’ordinateur central, il y a aussi des voix off comme dans les documentaires sensationnalistes, bref, une multitude de points de vue nous permettant d’aborder les raisons objectives ou officielles du voyage spatial, mais aussi les raisons personnelles et irrationnelles d’une telle entreprise.

 

P.L. : Et quel est, justement, le but de cette entreprise?

F. M.: On n’est jamais bien certain du but de cette mission. À quoi servent ces astronautes? La Terre les a-t-elle oubliés? Depuis quand? Eux-mêmes s’interrogent sur le bien-fondé de leur présence dans l’espace, et ne sont plus bien certains, par moments, de jouer un rôle utile ou nécessaire au bien de l’humanité.
Et cette situation absurde – trois astronautes prénommés Bob qui s’aventurent le plus sérieusement du monde dans l’espace sans trop savoir pourquoi – provoque immanquablement l’hilarité. Avec ce «show spatial québécois», la Pire Espèce s’inspire des pratiques traditionnelles du théâtre populaire telles que le clown, la marionnette, l’objet, le cabaret et le conte, et mène ses recherches toujours plus loin vers l’infini et au-delà…

 

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